Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Il y a parti à prendre, partout, sur tout. Il y a avis à donner, opinion à dire, tripes à mettre sur la table. Exprimer sa liberté.

IL N’Y A RIEN DE DROLE

Publié le 3 Mars 2009 par Vincent Schlegel in Rage


De retour de mon Ile d’Yeu, où rien n’a besoin d’être drôle, mais juste  joli, charmant, éternel, tranquille, détendu, iodé, maritime, grisant, poissonneux, granitique, bleu, gris, clair, éblouissant, me revoilà sur ce blog et dans le métro. Je navigue dans Paris en métro. Au ras des gens. Me revoilà aussi devant ma télévision. Au ras des pâquerettes. Et là soudain je suis saisi d’une évidence : la nécessité qui s’impose, dès qu’on rentre à Paris, de cette manœuvre de l’esprit, cette construction artificielle, cette torsion de la réalité, cette mise à distance des choses, des faits, des certitudes, qu’est l’humour. Et quelques horribles idées me viennent, au spectacle de Paris, du métro, de ses couloirs, et au spectacle de la télévision.

Il y a beaucoup trop d’humoristes. Il tente d’en émerger dix par mois. Je crains qu’ils ne se lancent en pensant faire fortune. Ils vont se ramasser. Ce n’est pas drôle. Je suis embêté de dire ça, car je ne voudrais pas qu’on se prive de gens vraiment drôles, créatifs, révolutionnaires. Vous me direz : « Mais pourquoi tu râles, puisqu’ils vont disparaître ? » Oui mais pendant qu’ils sont encore vivants, ils entretiennent cette espèce d’écume de dérision, qui recouvre  tout, aujourd’hui, qui nous virtualise, virtualise le monde dans lequel nous vivons.  Une écume sans esprit, du rabâchage bien complaisant de trois ou quatre idées élimées, quelques ficelles marketées.

Car l’humour est un gros marché, avec de gros intérêts, de gros cachets. Finalement, la misère des autres, la misère du monde, la dérision de notre aventure humaine sécrètent  une économie qui rend les choses différentes aujourd’hui. On me dit « Mais il y a toujours eu des humoristes. Le fou du roi, tu en fais quoi ? Fernand Reynaud, Bedos, Coluche, les chansonniers, ils envoyaient grave ! ». Oui, mais il n’y avait pas le marché d’aujourd’hui, la chambre d’écho, les DVD, internet, les moyens de diffusion. Et moi qui suis, parfois, un peu drôle, d’une famille de gens un peu drôles, avec des amis un peu drôles, qui inventent ce qui est drôle, je suis pour un vécu non marchand de l’humour (ou de l’esprit). Un exercice, une élégance, un plaisir solitaire. Le rire obligatoire, en bande organisée, moutonnière et convenue, ça m’emm…

On ne peut pas rire de tout … Ceux qui, gonflés de courage, disent l'inverse battent en retraite à la première alerte, et sont les premiers à crier au dérapage (ce mot, le « dérapage », regardez le succès qu’il a ; déraper = sortir de sa trajectoire, bien tracée, bien obligatoire). Ils rient et font rire de tout ce à quoi il leur semble correct de rire. Par exemple, on ne peut pas rire d’une minorité sauf si on  lui appartient.  J’adorerais que l’on puisse rire de tout (je crois qu’aujourd’hui, on peut rire de la moitié de tout, mais je ne sais pas laquelle). Quelle marrade ce serait ! Mais je suis sûr qu’au bout d’un moment,  les choses s’équilibreraient. On pourrait à nouveau voir émerger un Desproges, qui n’aurait pas le droit de dire en 2009 le quart de ce qu’il disait dans les années 80.

Les humoristes fabriquent de la bien-pensance. La rectitude politique, aujourd’hui, ce sont  « Les Guignols », érigés en manuel d’éducation pour les enfants, les jeunes et les gens sans références. Ce que disent « Les Guignols », pour les gens au ras desquels je vis, c’est ce qu’il faut penser puisque les rieurs sont de leur côté. Le parti d’en rire est le premier parti de France.

 

Alors qu’est ce qu’on fait ? On interdit les humoristes ? Ce sera difficile. La seule chance de s’en sortir, ce serait de tarir la volonté d’être humoriste. Cela voudrait dire qu’on n’aurait plus besoin de  cette « politesse du désespoir » qu’est l’humour. Il  faudrait être dans une époque qui ne créerait aucune douleur, aucune misère, à tout le moins qui créerait un espoir, une envie de partager ensemble un projet, de croire en ses chances. Il faudrait tous vivre à l’Ile d’Yeu (comme moi j’y vis, bien sûr, pas comme y vit la caissière du Super U). Il faudrait que les politiques fassent quelques efforts pour ne pas tant prêter à rire, tant donner envie de tourner tout en dérision. Mais il faut l'avouer : ça ne serait pas très drôle…

 

 

 

Commenter cet article

pleintel 23/03/2009 08:38

Mon vieux...Puis-je commenter tous ces mots? Bien difficile pour ma petite plume digitale... Je les lis, j'y retrouve mille trucs que je sais déjà et des tas d'autres que je devinais déjà...On aurait pu se rencontrer à l'Olympia l'autre soir... En attendant l'heure d'une soirée à l'Opéra comique pendant que Véronique était en rendez-vous. Je flânais et me suis retrouvé dans la foule d'autres qui attendaient aussi, devant l'Olympia. J'ai levé le nez et Christophe brillait, dans ses grosses lettres rouges.J'ai trouvé un bateau... On en recausera... BisesEmmanuel

Vincent Schlegel 23/03/2009 12:52


Bises à vous deux.


Don Vega (artiste complémentaire) 09/03/2009 13:47

L'humour c'est comme le pain de mie sans croûte, ça ne s'explique pas.

Vincent Schlegel 09/03/2009 13:52


Hey, Don. Such a long time ago! Which level, the royalties, this year?


schlegel 07/03/2009 11:12

dites donc la famille, faudrait voir à ne pas crâner en répondant coûte que coûte à Vincent Schlegel, à ses ralages quotidiens, sa détestation des autres et du monde qui l'entoure ! parce qu'IL MENT ! . Je vais vous dire moi, ce qui me fait marrer, et lui aussi ! c'est quand il est surpris avec une merde de son chien dans les cheveux, et oui, c'est pas banal et ça me fait encore monter les larmes aux yeux, ce qui me fait poiler, c'est quand mon énorme chat tente désespérement de s'installer dans une corbeille de dix centimètres de diamètre, c'est quand ma fille ainée éternue le doigt en l'air, façon french manucure, en criant atchoumeuuuu, façon pétasse de la starac, c'est quand j'essaie d'imposer mes clés de porte à la machine à billets du métro ou quand mon amoureux s'appuie sur ses couverts alors qu'il entamait une conversation grave, voilà la vraie marrade, celle du pas préparé, celle que l'on mérite, celle de notre regard. Au lieu de répondre coûte que coûte à vincent schlegel, regardez autour de vous parce que ça peut être vraiment hilarant et lisez au hasard des pages une définition idiote de ce dictionnaire fou des tracas," le baleinier", "xiévreau : distance entre le bout des doigts tendus et le ticket de péage". guillemette

Vincent Schlegel 07/03/2009 12:19



Je ne sais que penser de ce commentaire. Mais je le publie parce qu'au bout du compte ça me fait un peu marrer venant de Guillemette. 1. Je ne pense pas détester les autres plus que la moyenne
des gens, sauf que je le dis quand ils méritent qu'on les déteste. Et d'ailleurs, je crois, dans ce blog dire plutôt que je veux le bonheur des gens. Contre leur gré ? Aie. 2. La relation par
Guillemette d'aventures qui nous sont arrivées (épisode teckelocoprocapillaire) et de la drôlerie de sa fille Alice, évoquent plutôt la grâce extrême de l'humour de situation, provoquées ou non,
vécues seul ou en petit groupe, loin du prêt-à-rire généralisé. Donc, Guigui, ma p'tite Guigui, nous sommes parfaitement d'accord et désormais, je sais quoi penser de ce message (je viens de
corriger : j'avais écrit "massage").



Cyprien 06/03/2009 12:05

Et encore, les humoristes, ce n'est que la face emergeante de l'iceberg, un bras de mer ridicule de l'océan souterrain où barbottent des centaines de milliers d'artistes, la myriade des "wannabe famous" (pardon pour l'anglais), qu'est Internet. J'y passe sans doute plus de temps que toi, machinalement ou par désoeuvrement, mais tu serais effaré de voir tous ces photographes amateurs, ces designers du dimanches, ces groupes de musique qui gratouillent leurs guitares mollement, et ces chroniqueurs de microcosmes sur flickr ou myspace. Alors, bien sûr, parmi tous ceux là, on tombe par hasard sur des gens de talent, qui proposent quelque chose de vraiment beau, ou bien, ou juste agréable, et qui auraient pu relever la soupe que l'on nous sert. Mais c'est seulement par hasard que l'on tombe sur eux. Perdu au milieu cet océan, il n'y a plus de repères, Proust surnage à côté de Marc Lévy. Le seul indicateur de valeur potentiel serait le nombre de clics, mais Dieu et TF1 savent que l'audimat n'a jamais été quelque chose de pertinent pour évaluer une oeuvre ou une création. Et les voilà donc tous ces flotteurs qui espèrent tous à tort ou à raison emmerger, sortir la tête hors de l'eau, et se faire repêcher par le navire fantôme des gens qui sont connus, ou reconnus, ou juste heureux de pouvoir vivre de ce qu'il font. Tabarly sait qu'on ne flotte pas longtemps et la plupart d'entre eux couleront avant d'avoir vu la lumière. Car, s'il n'y a plus de repères dans cet immensité, il reste encore un fond, toujours.La simplicité d'accès à Internet en fait une formidable tribune d'échange en même temps qu'il détruit des talents, les noyant dans la médiocrité, c'est un vecteur d'espoirs plus grand que toutes les eglises réunies, et un gouffre de déréliction. On a donné aux gens l'idée qu'il pouvaient tous être "quelqu'un", faire "quelque chose" comme tu dis, mais il n'en est rien. Bref, tout cela est un peu désepérant, et j'imagine que c'était mieux avant quand à quinze ans on décidait d'être boulanger ou charcutier, mais je ne vais pas me faire plus réac que toi, ce serait terrible!

Vincent Schlegel 06/03/2009 12:11


C'est mon fils. Quel talent.


estelle schlegel 06/03/2009 10:00

etre en "intelligence" c'est une évidence ! mais parfois un truc nous fait rire, pas parce qu'il est particulièrement drôle, mais parce que nous sommes, en intelligence, avec la personne avec qui l'on rit !

Vincent Schlegel 06/03/2009 10:02


c'est exactement ça. La bonne connexion, la grâce furtive d'une compréhension absolue.