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Il y a parti à prendre, partout, sur tout. Il y a avis à donner, opinion à dire, tripes à mettre sur la table. Exprimer sa liberté.

A L’E-CAFE DU COMMERCE

Publié le 15 Mars 2009 par Vincent Schlegel in Rage


 Il y a un nouvel outil merveilleux pour prendre le pouls de l’opinion, toucher du doigt les préoccupations des vraies gens et accessoirement, se faire une idée de l’état de notre civilisation : les commentaires qu’on dépose (c’est qui, on ?) presque en temps réel grâce aux systèmes d’information embarqués sur les téléphones portables. Abonné à SFR, je suis au spectacle du monde via Vodafone Live. Et le spectacle est fascinant.


Un avatar techno des conversations de zinc 

Je me dis : comment les gens ont-ils le temps d’aller réagir à toutes ces infos, ces petits scoops, ces pétards plus ou moins mouillés ? En fait, ils sont stimulés par le système (« Donnez votre avis », « Soyez le premier à réagir », « Déjà 230 commentaires»). Et puis, vous l’avez remarqué : la vie des gens tourne autour de leur téléphone portable. Le désœuvrement, l’intérêt pour peu de choses, une vie sans références, sans boussole culturelle, politique ou éthique, l’abrutissement people inventent un métamonde  dans lequel on s’en va vivre une seconde vie. Une vie où on se croit quelqu’un, quelqu’un de libre, d’utile, quand la réalité vous confine à n’être qu’un éclat d’humanité fourmillante. Vous entrez et là, c’est  le déversement de sentiments, d’avis bien à soi, de condamnations définitives. De platitudes consternantes de poujadisme, de racisme, de bien-pensance, de suffisance, de vanité. La France, ni celle d’en bas, ni celle d’en haut, celle d’en face, comme dit mon ami Henri.


Le plus navrant : le langage,  même en écriture « SMS ».

Dans cet univers, un grand perdant, d’emblée : la langue. Elle n’est pas fleurie, comme au café. Elle n’est ni chargée, ni pâteuse. Elle est brute, brutale. Elle est abandonnée par la civilisation, livrée à la barbarie. Elle est révélatrice de l’échec formidable  de l’Education Nationale, de la faillite de la République dans son utilité centrale : élever les êtres humains, les faire monter. Même en langage « SMS », on voit à quel point celui qui veut s’exprimer, fût-ce pour hurler, apostropher, est seul avec une matière qui le déborde, des entités verbales  qu’il ne sait pas connecter entre elles, un meccano sans règle ni modèle dont il ne sait pas se servir, mais qu’il est obligé d’utiliser  puisqu’il n’a pas d’autre truchement  pour communiquer. Derrière les trucs et les ficelles, les smileys et les raccourcis technos : le désarroi, la solitude. La brève de comptoir pouvait être une perle, offerte à un public connaisseur. La culture « mobile » n’engendre, me semble-t-il,  que des scories, de l’écume vaine.


La colère et la frustration

Cette tribune populaire est en colère. Ce tribunal populaire est sans pitié. On exécute, on coupe les têtes, de Sarko, de Royal, de Domenech, du pape, des patrons, des traders, des banquiers, de ces salauds de footballeurs qui gagnent chaque année 1000 ans de Smic, tous mis dans le même sac, sans hiérarchie de valeurs, sans classement dans l’ordre de l’humanité. Bien sûr, cette propension populacière au lynchage aveugle n’est pas nouvelle. Ce qui est nouveau, c’est la façon dont s’attise ce tropisme : la facilité de s’exprimer, l’anonymat permettant à un con d’être aussi un assassin,  la sensation d’être dans le virtuel et de ne pas dire les choses « pour de vrai », la démultiplication exponentielle des messages, créent des conditions nouvelles à l’extension du phénomène. Ma colère nourrit ta colère, ma frustration révèle la tienne, mon malheur est supérieur au tien, et ainsi de suite.


Le divorce définitif d’avec les  élites

Même quand elle ne va pas jusqu’au déchaînement et à l’invective, la conversation que l’on surprend dans la mini-lucarne traduit  une défiance maximale vis-à-vis de toutes les gouvernances, quelles qu’elles soient : politique, culturelle, économique, médiatique, sportive, pour ne pas parler des hiérarchies religieuses ou militaires. Une coupure impressionnante, et qui devrait faire peur aux détenteurs des pouvoirs. Je veux bien croire qu’il y ait un biais : celui qui s’exprime dans ces espaces de discussion est rarement « pour ». On se connecte rarement  pour encenser, pour crier sa joie. Mais ce qui me  sidère, c’est le manque de défenseurs des décideurs, des choix raisonnés, fussent-ils imparfaits, c’est le chacun pour soi, l’autisme,  le manque d’équilibre qui ressort de tout cela. Le manque de débat.


La responsabilité du  média

L’autre évidence, c’est la responsabilité des médias, ou du message des média. Flatter le voyeurisme dans la presse people papier, provoquer l’opinion dans la presse « de qualité », tout cela ne porte pas à conséquence : un procès par-ci, un scandale par-là, un courrier des lecteurs abondant, et la dynamique se brise. Sur mobile (ou sur internet), les choses sont différentes du fait de  la vitesse de réaction, de la possibilité de répondre en temps réel, de  la consubstantialité du commentaire et de l’information elle-même.  Si l’on considère que ce mode de communication est réellement un média, les agences de presse qui formatent l’information et la configurent spécifiquement portent aussi la responsabilité de ce que le message ou l’information  va devenir. En fait, tout cela ressemble fort à une partie de « cadavre exquis », où le journaliste amorcerait le sujet, qui serait repris de lecteur en lecteur, modifié, complété, amendé, illustré, par une chaîne humaine invisible.


Bon. Vous m’avez lu jusqu’ici. Alors posons-nous la question : est-ce que le principe de ce blog, comme de beaucoup d’autres, n’est pas de susciter cette chaîne de commentaires, dont le modérateur garde certes la maîtrise tout en rêvant que, quelquefois,  la chaîne s’emballe ? Mais je m’emballe moi-même : mon audience est confidentielle et d’une extrême qualité. Les cadavres exquis ne joncheront pas ces pages.Dommage. Mais ça me donne une idée. On en fera un, un jour, entre nous.


La prochaine fois, je vous parlerai de Christophe, de Bashung et de la question de l’intégrité.

 

 

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agapanthe 23/03/2009 10:00

@cocoapparemment vous retrouvez Vincent et il a l'air content ! moi je voudrait juste relever un propos d'un de vos commentaires sur le fait qu'on commente à l'infini les commentaires des commentaires de gens qui font des commentaires. c'est absolument extraordinaire cet empilement. on vit aujourd'hui avec des identités subtiles et semi-vituelles dans un monde de commentaires. bien plus qu'avant. tout le monde s'y est mis. est-ce un dérivatif à la créativité ? à l'impossible créativité ? un lâcher de médiocrité ? je ne sais pas. votre commentaire est vraiment interéssant. je partage aussi votre analyse sur Babel (on l'a échappé bel !).

Vincent Schlegel 23/03/2009 12:53


Un Babybel, un!


Coco (et si je prenais ma carte au PCF finalement ?) 21/03/2009 17:38

Ben voilà...Mais pour ce que j'en dis !Parce qu'en fait, j'ai eu envie de participer alors que je n'avais rien de particulier à dire, ce qui ne m'a pas empêchée de la ramener (longuement) et d'être publiée. Et c'est ça qui est magique dans cet e-monde (phonétiquement, ça nous rapproche d'une vérité quelque peu dérangeante)... Même quand on n'a rien à dire, quelqu'un nous écoute et nous répond... C'est trop bieeeeeen ! Je suis connectée en live et on me répond en direct... donc je suis quelqu'un qui compte !Je vous souhaite un bon dimanche à lire les potins dans le journal pour préparer quelques bons commentaires pour lundi... NB à l'usage de V. Et oui, je suis LA Coco, la seule, l'unique, celle de la Campagne Première.

Vincent Schlegel 21/03/2009 18:42


Bon, ma Coco, mais qu'est ce que tu chantes de l'e-monde. C'est le monde. Bon, d'accord, un peu chic. Le beau monde, quoi.


coco (rien à voir avec le PCF) 21/03/2009 11:50

Entre théorie de l'évolution darwinienne, déterminisme universel de Laplace et principe d'incertitude d'Heisenberg... Donnez-leur du pain et des jeux ! on verra bien ce qu'ils en feront...Sans évolution du langage, les commentateurs sportifs postillonneraient dans leur micro en latin, la boulangère parlerait comme François Villon et le taxi te demanderait si tu as un itinéraire préféré en grec ? Ce serait le retour de Babel... Nos enfants, pendant ce temps, s'approprient le monde et utilisent les outils pour ce qu'ils sont. Et Mac Luhan ne pourrait que se féliciter de leur capacité d'adaptation : le SMS, c'est du langage instantané mais pas la vraie vie où on échange avec des vrais gens... Je ne peux que me féliciter d'avoir une fille (13 ans, la génération MacIntosh) qui a pris la peine de m'expliquer Facebook (en échange d'une aide en mathématique) où j'ai pu retrouver des "vieux" amis perdus de vue parce qu'on ne prend plus le temps d'écrire une vraie lettre que l'on glisse dans une vraie enveloppe et sur laquelle on colle un vrai timbre !Les conversations d'e-zinc sont une opportunité d'échanger avec plus de gens, de plus d'horizons et d'ouvrir nos esprits si on prend la peine d'écouter en gardant notre libre-arbitre et notre esprit critique (pour ne pas devenir des "vieux cons" face à des "jeunes cons")Nous espérons ainsi, en amenant tous notre pierre à l'édifice,avoir nos 15mn de gloire tant promises par Warhol... même si cette gloire est prodiguée par quelques "happy fews" (j'utilise des anglicismes pour plus d'universalité ? ou pour avoir mon propre langage que la génération de mes parents ne puisse pas comprendre ?) destinataire des invitations à bloguer sur V-aimant (c'est très select ici !... donc on ne parle pas à n'importe qui) Alors notre avis compte-t-il plus ou moins que celui de la "France d'en face" pour qui la France d'en face... c'est nous ! Avons-nous raison de faire des commentaires sur un blog qui fait des commentaires sur les gens qui font des commentaires ? Avons-nous à regretter de préférer Le monde ou le Canard Enchaîné à Voici ou au blog de Paris Hilton ? Toutes ces questions que nous soulevons pour faire réagir les "gens" (dans la plupart des cas, nos amis, voisins et connaissances avec qui nous échangeons par choix personnel pour ne pas dire par affinité). Où est donc le débat là-dedans ? Est-ce une question purement réthorique ou une vraie volonté de ma part de choquer et ainsi de continuer à alimenter la chaîne des commentaires ? Le débat est ouvert !;)lol 

Vincent Schlegel 21/03/2009 17:08


Ah j'aime bien ce commentaire. Tonique, tripal, v-aimant. Mon post ne parlait pas forcément de la dérive d'expression des jeunes et de "nos enfants". (Pour une fois) tout ça n'avait rien à voir
avec la jeunesse. Mais tu as raison, Coco (es-tu La Coco ?) oui, c'est ça l'idée. Etre dans le commentaire du commentaire, c'est être dans l'observation de ce que les gens disent de leur vie,
pensent du monde qui les entoure. C'est juste essentiel.


bruno 18/03/2009 18:18

Cher Vincent, Il me semble que le problème avec ce genre d’articles, c’est qu’on passe rapidement : soit pour un vieux con (j’en suis), soit pour un dépressif chronique (mondaine) et là aussi, j’en parlais encore ce matin à mon psy, qui commence à avoir des soupçons…
Vois-tu, le fait que les gamins n’ont plus aucune possibilité de s’exprimer comme leurs parents, c'est-à-dire nous, ne pose pas réellement de problème. Le fait que la France se transforme en une gigantesque masse hystérique qui juge et exécute via la nouvelle star, non plus. Enfin le nouveau voyeurisme, les peoples et leur cortège de niaiseries et de vulgarité, n’est pas, il me semble, un signe évident de décadence ou pour les plus à gauche de tes lecteurs, de changement de logiciel !
Rappelle-toi, de tout temps les gamins ont utilisé des langages pour ne pas être compris de leurs parents, de tout temps la foule se pressait en place de grève pour voir les supplices et exécutions, de tout temps le peuple a été attiré par la noblesse, au point de se faire traiter de snob (Sine Nobile).
Non, nous devons réagir, vieille branche ! S’inscrire sur Facebook, mettre des XD partout, regarder nouvelle star le mardi soir, infester les blogs de notre cynisme issu des années post soixante-huitardes, foutre la merde, être grossiers, se garer en travers sur les places pour handicapés, insulter les professionnels, les experts, les bien-pensants, les mal-baisés ; Bref retrouver notre vraie vocation, faire chier un monde trop stable, trop chiant, trop instantané, trop balisé et surtout apprendre au nouvelles générations à en faire de même.
Bises
Bruno
 

Vincent Schlegel 18/03/2009 19:06


C'est du Bruno déchaîné. Ce blog le rend vraiment fou.


donvega 15/03/2009 18:22

Lol, mon Lulu. Je suis pdtr avec ton blog. Mè D'Zolé, je suis pa dak avec ta saint tax. Je comprends pas 2 et je suis obligé de prendre mon 10ko. Alé lus et A +. DVG

Vincent Schlegel 15/03/2009 20:20


C pa grav