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Il y a parti à prendre, partout, sur tout. Il y a avis à donner, opinion à dire, tripes à mettre sur la table. Exprimer sa liberté.

DE LA FRANCE QUI GLISSE A LA « NOUVELLE RENAISSANCE »

Publié le 15 Avril 2009 par Vincent Schlegel in Rage

 

Je crois franchement qu’il y a une exception française : la connerie. Démentez –moi. Une espèce de bonheur à se perdre quand rien, ou si peu, ne le commande. Et qui nous met dans des états de faiblesse inconnus, des dérélictions consternantes.


Se faire dessus, se flageller, se séparer, se disperser, se ventiler quand il faudrait être ensemble, croire en soi, et en ces incroyables chances qui faisaient dire à des  Allemands, autrefois : « Glücklig wie Gott in Frankreich » (« Heureux comme Dieu en France ». Ces Allemands- là, juifs et persécutés, constataient à quel point, ici, être libre de ses idées, de ses pensées et de ses croyances, être différent, était plus simple, moins risqué, moins horriblement risqué ).

 

Les nouvelles normes sondagières

45 % des Français trouvent naturel de séquestrer des pauvres bougres de cadres sup’ et chefs d’entreprise, filiales de groupes aveugles (peut-être !),  héritiers en déshérence, moins visionnaires que leur grand-père fondateur (pourquoi pas !), mais tous touchés par une crise qu’ils n’ont, mais pas moins que les rodomonts experts habitués de « C dans l’air », vue arriver. On prend en otage chez les talibans; on pirate un plaisancier s’aventurant, pourtant dûment sermonné, en eaux dangereuses ; on enlève sa fille, probablement par amour maternel, même si  les moyens sont condamnables : horreur, honte, malheur… Mais là, non, séquestrer, c’est normal. Salauds de patrons ! Enfoirés d’entrepreneurs !

92 % des Français pensent qu’il ne faut pas faire confiance aux chefs d’état du G20 pour régler les embarras économiques et financiers actuels. C’est normal : tout est de leur faute, à ces incapables. On les a élus ? On a voté pour leur programme ? Ah tiens, c'est vrai maintenant que vous me le dites! Mais c'est pas grave ! Salauds de politiques ! Enfoirés, va !

A chaque jour, son tombereau de chiffres et de sondages qui, par la caisse de résonance complaisante des journaux qui se battent (entre eux) pour survivre, des magazines qui jouent  à être le plus méchant, des télés qui s’essaient au sensationnalisme,  érigent en vérité les aigreurs et prurits de Madame Michu qui deviennent matière à étude, colloques et conciliabules.  

Petit à petit, à coup de chiffres incontestables (ce ne sont pas les chiffres qui sont manipulés, ce sont les questions des commanditaires des sondages qui manipulent), de nouvelles normes françaises se créent. Ces valeurs s’installent dans les têtes et structurent notre référentiel. Et ces normes évoluent  par incrémentation régulière : on monte d’un cran dans l’échelle de l’amoralité au nom de la morale, de la barbarie au nom de la culture, du cynisme au nom de l’humour, du crétinisme au nom de la démocratie. Comme ça, sans s’en rendre compte.

 

L’anti-théorie du complot

Je ne crois pas à la théorie du complot.  Même si « L’insurrection qui vient », un essai au titre réfrigérant qui prône le radicalisme le plus total et rédigé par un « Comité invisible », a déjà été vendu à 15 000 exemplaires. Lisez à ce sujet ce papier qui, me semble-t-il,  pose bien les questions. http://www.lefigaro.fr/politique/2009/04/09/01002-20090409ARTFIG00286-ces-intellectuels-et-artistes-qui-appellent-a-la-revolte-.php

Je crois juste à un glissement ou plutôt à une glissade générale, une perte de repères moraux, politiques, religieux. Un délitement. Je crois à l’abandon subreptice d’une grille de lecture de la société, à une perte de contrôle voire à  une baisse de nos défenses immunitaires. Ces défenses, nous les avions, bon an, mal an, reconstituées après la Libération, au cours de ces années où il convenait de regarder devant, de refonder un modèle de vivre-ensemble, et d’assimiler tous ceux  qui étaient utiles à notre développement. Le coup de semonce de 68 a été une mise à l’épreuve de ce modèle, et nous nous sommes recaparaçonnés de certitudes, de lois et de règles « vertueuses ».

 

Nos drames : le choc de la mondialisation, notre rétrécissement en tant que nation, le métissage qui peut être magnifique quand on fait la somme des plus et qu’il y a une dynamique de cristallisation, mais dans lequel nous avons choisi de ne retenir que le moins engageant, le moins fondateur. Nous n’avons pas donné de sens à la mondialisation. Nous n’avons apporté aucune pierre à un édifice qui se construit sans nous. Et pourtant, voyez les, ces beaux esprits arc-boutés sur la Mission Universelle de la Patrie des Droits de l’Homme ! Un concept rabougri, sans vitalité, sans légitimité, un miroir aux alouettes entretenu – arbre  qui cache la forêt –  par le souvenir de ce qu’ont fait, voici 30 ans, les French Doctors. Maintenant, on a l’Arche de Zoé : en fait d’arche, tu parles d’une galère. Souque !

Et c’est là que notre propension  à créer de la norme, mais de la norme folle, nous permet de nous installer, comme si rien ne changeait, en se croyant toujours bien calés, bien cadrés, dans une logique elle aussi folle. Un délire logique. Cette incrémentation dont je parlai plus haut. Et à ce sujet, je ne suis pas aussi optimiste (fataliste ?) que l’excellent Dr Boris Cyrulnik  dont je trouve  la réflexion toujours magnifiquement posée, utile, jamais complaisante. http://www.nouvellescles.com/article.php3?id_article=1400

Mais lui, c’est un scientifique : il a sûrement raison. D’ailleurs, je vous vois venir : « Tu es un nostalgique, tu échafaudes des théories. Tu es le sophiste de service. »

Peut-être. Mais j’ai la certitude que l’histoire ne fait pas que se répéter. Je crois que les nouveaux moyens de communication sont  trop souvent au service de cette connerie (prise au sens de la bêtise, mais aussi de la faute) que je fustige. Je crois que l’empowerment apparent, ce qui leur est vendu et promis, joue contre les individus, les isole en leur donnant de l’autonomie. Je crois que la fuite en avant des marchés et  le discours des marques créent une vulgate  confortable qui remplace toutes les bibles, un zinzin qui sonne agréablement à l’oreille. C’est le publicitaire qui parle.

Je n’ai pas non plus la patience d’attendre 2000 ans que, cette civilisation étant morte de sa belle mort, nous en ayons inventé une nouvelle, brillante et heureuse, planétaire. Parce que c’est ici, et maintenant, que l’on souffre, qu’on se déchire, et qu’on ne sert à rien.

L’exception française, ce vieux mythe, dans les nouvelles conditions du marché mondial des idées et des valeurs, se transforme en  anti-dynamique avec sa culture syndicale inadaptée à un champ de lutte plus large que le canton, sa recherche déconnectée des vraies  problématiques et des vrais besoins des gens, sa pyramide institutionnelle qui donne l’illusion d’une vertébration mais qui n’assure plus le lien entre un pouvoir central fort et des citoyens livrés à eux-mêmes et à leurs discussions de comptoir, son école oubliée.

 

Une Nouvelle Renaissance

Alors on fait quoi ? (J’adore cette question…). D’abord on se dit qu’on peut faire quelque chose. Et que l’échelon du pays ou de la nation est un échelon d’action valable. On arrête, sous couvert d’impératifs européens et de raisonnement global, de se considérer comme incapables d’agir : ce serait la porte ouverte à toutes les tyrannies, laissant les individus et les communautés sans défense. Ensuite on croit en soi, en ce qu’on peut s’apporter et apporter au monde dans une envie de re-fondation. De  Renaissance.

Je me souviens d’un ouvrage intéressant de Philippe Lentschener,  mon ancien patron chez Saatchi & Saatchi, intitulé « La Nouvelle Renaissance » (Le Cherche Midi, 2004) qui prônait un « élitisme de masse » - un concept merveilleusement  français -  consistant en ces quelques centaines de milliers de personnes, intellectuels, artistes, créateurs, syndicalistes,  acteurs du monde économique,  entrepreneurs, experts et passeurs chacun en son domaine, qui dès lors que leur action serait  organisée autour d’un projet ouvert, voire d’une utopie, nous remettraient en intelligence (vs la connerie) avec nous-mêmes et avec le monde.

Lue à la lumière de la crise actuelle, je trouve cette approche roborative et qu'elle constitue une excellente piste pour l’action.

 

On s’en parle ?

 

 

 

 

 

 

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agapanthe 04/05/2009 14:22

ah oui, ségolénisez-moi (pardon, excusez-moi), je n'avais pas tout à fait fini de lire votre post (hihihi) où vous parlez de cet élitisme de masse. drôle de concept, mais pas tout à fait en contradiction avec ma réponse un peu rapide. je ne connais pas le bouquin en question. alors, puisque vous êtes publicitaire il faudrait changer ce nom : "élitisme" fera fuir tout le monde pour crime de lèse-démocratie. mais est-ce que ce n'est pas, en fin de compte, toujours un peu comme ça que ça se passe ? enfin, en matière de démocratie, soit elle est la plus directe possible et donc à la limite de l'utopie, soit elle est oligarchique, quand bien même se prétendrait-elle représentative comme aujourd'hui. je me demande parfois, si notre démocratie n'est pas en train de passer à l'ère du gouvernements de l'expertise, avec ces grenelle de ceci et de cela, offertes en pature à l'opinion publique. et c'est dommage. je préfère presque votre concept. mais comment faire émerger cette élite ? sur quels critères ? serait-elle exécutive ou seulement là, installée à penser confortablement assise sur un blog ?

Vincent Schlegel 04/05/2009 14:32


C'est bien ça le problème. Je ne sais pas si vous pourrez trouver le bouquin de Lentschener. Je ne crois pas qu'il en ait vendu beaucoup. Peut être chez l'éditeur. Mais il s'était donné du mal.
Vous hurlerez peut être à sa lecture : nous autres publicitaires ne savons pas écrire des livres débarrassés de toute arrière pensée commerciale...


agapanthe 04/05/2009 11:30

bah voui ! Excellente conclusion ! C'est de mon côté ce que j'essaie de faire, fourmi quasi-anonyme d'un mouvement cahotique et peu cathodique, extrêmement bourré de compétences et d'incroyables énergies. Très réconfortant. C'est fou ce que ce pays compte d'intelligences ! Du coup ça vous remet les idées en place : c'est dur et les tâches souvent peu valorisantes... Mais vous vous mettez à écouter, et là...

agapanthe 04/05/2009 10:35

Vous êtes désespérant, Vincent ! heureusement qu'il y a votre jubilatoire cadavre exquis pour nous faire rigoler un peu. Mais j'aimerais vous demander : que proposez vous au juste ? Que voulez-vous que nous fassions ? Nous sommes juste des gens. Les sociétés se comportent toutes comme des folles, tout le temps, partout. Vous idéalisez des époques passées, où sans doute quelque chose allait bien que pointez du doigt, mais où tout le reste allait mal : guerres, chaudes et froides, où nous autres français, enfin nos pères ou grands frères étaient impliqués ; rodomontades capitalo-bourgeoises (dans le mauvais sens du terme) arrêtées et sexistes ; affolement industriel et capitaliste yuppies, responsable de tout ce qui s'en est suivi comme destruction d'une saine économie de marché et de l'environnement, etc.  A titre personnel, je pense que vous devriez peut-être vous retirer de temps en temps et relâcher (comme un navire), en eaux plus calmes... monastère, randonnée, pelerinage, croisière solitaire, ou que sais-je de vos pentes contemplatives. Oui, c'est très vilain de séquestrer son patron, c'est surtout stupide et inutile, mais ça ne date pas d'hier. C'est une crispation syndicale parmi d'autres, un "truc" qui n'avait pas été utilisée depuis pas mal de temps d'ailleurs. Mais je ne sais pas si vous êtes comme moi : je trouve que ça sent mauvais en ce moment. Le mot d'insurrection traîne un peu partout et je ne sais qu'en penser. J'ai tellement moins d'avis sur les choses que vous... Si insurrection il y a, je pense qu'elle sera dirigée en surface contre ce pouvoir-là, mais surtout (souvent sans le savoir) contre la vacuité incroyable de cette civilisation en perte de sens et que vous vitupérez sans relâche (mais sans donner de solution). une civilisation pleine, si pleine, de rien, ou de choses sans intérêt... alors qu'ailleurs, on affûte des armes, spirituelles, commerciales, culturelles. Et c'est terrible car ce ne sont pas des armes, mais des valeurs fondatrices de paix, errigées en armes, qui vont se retourner contre nous, occidentaux pourris gâtés !Alors, vive la grippe A comme ennemi commun ? je rigole...

Vincent Schlegel 04/05/2009 10:45


Bah justement, j'essayais de donner une solution en parlant du bouquin de Lentschener. Vous avez raison : j'ai du mal à aller outre la vitupération. Mais quand même. Je suis sans trop d'énergie,
j'ai du boulot, j'e consacre le peu de temps que j'ai à stigmatiser. En aurais-je, je crois que j'essaierais de la chercher, cette élite de masse, l'organiser. Le créer, ce groupe tampon de grandes
personnes. Ca s'appelle faire de la politique...


bruno 20/04/2009 14:33

La France qui glisse, mais sur quoi ?
Sur la banane de la mondialisation, bourrée de pesticides, qui fait l'aller retour Pointe-à-Pitre Rungis, avant d’inflater la liste des courses de la ménagère guadeloupéenne de moins de 50 ans en grève ?
Sur la bouse de vache de l’immonde bovin de… « les produits laitiers sont nos amis pour la vie ! », qui nourrit (entre deux flatulences nauséabondes et délétère pour notre climat), des petits squelettes d’hominidés, chaînons manquants, homoncules ridicules…
Sur la glace des pôles qui s’effritent et fond aussi implacablement qu’un MAGNUM par un beau jour d’été.
Et oui, mon Vincent ! La France glisse, les français glissent, tu glisses, je glisse… sur les incuries de la génération précédente, sur les « trente glorieuses », sur le Concorde si polluant, sur la Défense si repoussante, sur les essais nucléaire de Mururoa de Chirac, sur l’énarchie, sur l’autonomie énergétique, sur les baby-boomers donneurs de leçons.
Glissons ensemble, glissons, en un ballet harmonieux, en des arabesques recherchées, sur des musiques d’ascenseurs de préfectures !
Frôlons ensemble, frôlons, les moquettes épaisses, après le pas cadencé, le pas feutré, surtout pas de bruit !
Chaussons ensemble, chaussons les patins sur le plancher encaustiqué de notre république, surtout pas de trace !
Zappons ensemble, zappons, sur les expertises à Paris, Miami, Hollywood, bourrées de certitudes, de bons sentiments et de pathos à 1€uro !
La France glisse et alors ! Ce n’est pas si grave… C’est le dérapage contrôlé entre des rangées de radars, de képis, de liberté d’expression autocensurée, de cagoules prohibées, d’excuses au nom de la France !
Une nouvelle Renaissance ? Non merci ! Trop sérieux ! Trop sénior actif ! Trop « c’était mieux avant » ! Trop profond, lourd, enraciné. Trop historique !
Moi je préfère la géographie à l’histoire.
Je préfère voir Syracuse, l'ile de Pâques et Kairouan. Et tel un grand oiseau qui s'amuse à glisser l'aile sous le vent...

Vincent Schlegel 20/04/2009 19:30


Tu fais fort, mon Bruno!
Ah la la, comme ce post qui finalement était assez optimiste, m'attire des commentaires (peu en ligne, plus dans la conversation) aussi désespéré que le tien. Pour une fois, c'est moi l'élément
positif!!


Jean-Philippe 15/04/2009 22:56

Nouvelle renaissance...J'ai des doutes sur cet oxymore. Les masses n'ont que faire des élites si elles ne sont pas faites de footballeurs ou de mauvais chanteurs. Les élites n'ont que faire des masses qui pourraient s'élever...Arrêtons de croire que les choses pourraient s'améliorer et faisons les choses pour nous, éventuellement les quelques amis qui nous restent, le peu de voisins fréquentables que notre immeuble nous offre, et pour nos enfants pour qu'il sachent résister aux appels des sirènes de cette société si vulgaire.Les élites ont la chance ou la puissance de pouvoir se regarder le nombril, d'oublier le reste ou d'y penser par bien-pensance. Si les élites pouvaient nous emmener plus loin, c'est que l'égoïsme aurait disparu ou que Jean Vilar avait raison en amenant l'art ou l'émotion au plus près des masses.Je vous laisse en réflexion un autre concept, celui du BOP, le bottom of the pyramid, ou comment faire un marché de ceux qui n'ont rien ou pas grand chose. Une approche utile dans un contexte de crise de valeurs qui touche au moins autant les masses que les électrons libérés de l'aliénation du travail manuel.

Vincent Schlegel 16/04/2009 07:45


J'ai des doutes, est-ce que vous en avez?
Est-ce que vous en avez, des doutes...?