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Il y a parti à prendre, partout, sur tout. Il y a avis à donner, opinion à dire, tripes à mettre sur la table. Exprimer sa liberté.

BUTINAGE PRE-ESTIVAL

Publié le 15 Juin 2009 par Vincent Schlegel


Un mois que je ne vous ai pas indisposés. Le retour de Bruno m’a occupé l’esprit (voir en dessous). La paresse a fait le reste.


Parties communes

Dimanche, 16h30. Dring ! Mon portable fait « Dring » comme un vieux téléPhone.  « Monsieur Schlegel, ici le directeur de l’école. Je vous appelle parce que, vendredi, à l’heure de l’étude, il y a eu un incident grave. » Stupeur !  Je crains évidemment que mon Henri, 6 ans, n’ait fait une bêtise assez impardonnable pour que M. le directeur prenne soin de pourrir son dimanche et le mien à cette révélation.

 

- Ah ?

- Oui, on vous a peut être dit, enfin, comment dire…

- Ah, oui, le monsieur qui a exposé son anatomie sur son balcon en face de la cour de récréation. Je  suis au courant. Henri est revenu hilare de l’école.

- C’est cela. Je voulais vous dire que, si vous le souhaitez, nous avons demandé à un psychologue de recevoir lundi les enfants qui en auraient besoin. C’est pour cela que j’appelle tous les parents.

 

Ce type m’a semblé terrorisé à l’idée que le lobby parental et précautionneux par principe vienne lui chercher noise. Nous, quand un monsieur montrait sa bistouriquette aux petits enfants, on se marrait. C’était un vrai sujet de rigolade. On en a fait un sujet d’angoisse. Rallumez ! Le film est trop mauvais.

 

Division du travail

Tout à l’heure,  rue Daguerre. Un chantier d’installation de je-ne-sais-quel  câblage sous-terrain. Il y a un Noir avec un casque au fond du trou qui pellette le mauvais sable déjà mille fois retourné, pisseux  (la plage de 68 qui dormait sous les pavés, sur laquelle Dany, maintenant, ne sait plus faire pousser que des bons scores bobos ). Il y a deux Arabes avec des casques qui regardent. Ce sont eux qui ont préalablement  tracé, à la peinture fluo, les limites du trou à creuser et défoncé l’asphalte. Il y a trois Européens avec des casques et des cravates, qui tournent et retournent le plan du chantier. Cela fait six casques.

 

22 juin

Lundi prochain, c’est le 22 juin. Je crois que c’est le plus beau jour de l’année. 22 juin, c’est chaud, c’est  l’été, c’est couleur d’abricot. C’est la fin de l’école. C’est bientôt la distribution des prix. C’est la fraîcheur des soirs du jardin d’Evreux, les odeurs, l’incroyable douceur. C’est le droit de rester jusqu’à dix heures. C’est la fumée des cigarettes grillées assis en rond. Il y a une guitare dans ces premières années 70, il y a une Suzanne…  You can spend the night beside her. C’est un jour de passage. Avant l’éblouissement. Les vacances.  Et c’est mon anniversaire. Putain, quelle nostalgie !

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estelle 17/06/2009 11:32

22 juin. J'ai aussi gardé très ancrées ces sensations de fin juin. Chaque année, encore, je cherche à retrouver ne serait-ce qu'une miette de ces impressions ineffables où l'année scolaire marchait l'amble, roue libre vers cette vacuité odorante des grandes vacances. Oui, l'essentiel était cet état de vacance où tout allait pouvoir entrer en masse douce, fraîche, odeurs de jardin, tapis de fleurs éparses tombées des arbres, forte senteur de buis, d'ombre, sous les buissons ; silence un peu cotoneux où l'on s'ébrouait (guitare, clopes, baisers furtifs...). Plus tard venait la transhumance de la famille vers l'extrême occident, en caravane gorgée d'enfants, immense journée qui nous menait vers cette "location" qu'on se préparait à découvrir en courant dans toutes les pièces. "C'est bien ? hein ?" Et là, l'odeur des troënes, toujours les troënes, chaude, sucrée, entêtante. On y était. C'est pas mon anniversaire, mais c'est tout comme ! Bon anniversaire, gars...

Agapanthe 16/06/2009 09:48

heyyyyyyyyyyyy Vincent ! ça en faisait un temps. Vous savez que c'est dans ces notules, pleines à craquer de tout : drôlerie, nostalgie, légers coups de boule, que vous êtes le meilleur. bien plus selon moi que dans vos longues interventions trop.... vibrantes. vous me direz que ce n'est pas pareil et vous aurez raison. enfin moi, ce que je vous dit, c'est juste (ah ! ce "juste"...) ce que j'en pense.Bon anniversaire au jeune homme de la photo et si un monsieur montre sa bistouquette au gosse de mes voisins, sûr qu'ils demanderont une consultation de psy(chodrame), une cellule de crise(de foi), des pardons écrits(de joie), une assemblée générale(de gaulle)...peut-être même y aura-t-il un petite grèvounette, du reste peu suivie...je me rappelle que dans l'escalier pour aller au bahut, il y avait souvent un monsieur qui ouvrait subrepticement son imperméable (pourquoi ont-ils toujours un imperméable ?) et qu'avec les copains on trouvait des plus poilant ! on ne riait jamais tant ! Lors, je comprends votre Henri. en tout cas, jamais je pense nos parents ne l'ont su et encore moins monsieur le proviseur ! ou bien le savait-il ? ou bien était-ce lui ?Dans votre histoire de casques qui, sous la bénignité des mots, dit bien ce qu'elle veut dire, j'aime bien le commentaire de Sylvie....Je vous salue aux 1ers beaux jours d'hirondelles assises en rond à fumer des cigarettes, aux beaux jours de Suzanne et des senteurs de guitare, aux rites passage vers l'immense plaine des vacances...Sommes-nous pas Pagnolesques ?

Sylvie Hennequin 16/06/2009 08:30


Division du travail


Tout à l’heure,  rue Daguerre. Un chantier d’installation de je-ne-sais-quel  câblage sous-terrain. Il y a un Noir avec un casque au fond du trou qui pellette le mauvais sable déjà mille fois retourné, pisseux  (la plage de 68 qui dormait sous les pavés, sur laquelle Dany, maintenant, ne sait plus faire pousser que des bons scores bobos ). Il y a deux Arabes avec des casques qui regardent. Ce sont eux qui ont préalablement  tracé, à la peinture fluo, les limites du trou à creuser et défoncé l’asphalte. Il y a trois Européens avec des casques et des cravates, qui tournent et retournent le plan du chantier. Cela fait six casques.


 


 


Et si ces six casques étaient bleus ?


Il y a celui du Noir, avec une majuscule. C'est celui qui creuse, qui sue, qui travaille, qui agit dans l'ombre certes mais son esprit vagabonde. Il se dit qu'il a du boulot, qu'il aura quelque chose à donner à manger à ses enfants et qu'avec un peu de chance, il enverra quelques cents au pays. Il rêve qu'un jour peut-être un Noir deviendra président mais que ce sable sera toujours aussi mélangé.


Il y a ceux des Arabes, toujours avec une majuscule. Ils regardent quoi en fait ? Le Noir ou leur tracé ? Leur passé ou leur avenir tout tracé ?


Et puis les trois Européens, dont les parents étaient vraisemblablement Italiens, Algériens ou Portugais. Ils tournent et retournent le plan de leur vie, comme s'ils avaient perdu leur chemin. Ils ont pourtant un E avec des petites étoiles au cul de leur 4X4.


J'aime pas les casques, encore moins les casquettes, je préférerais sortir tête nue, avec une minuscule. Eux aussi mais ils ont ce putain de câble à finir.


 

Emmanuel pleintel 15/06/2009 23:13

Les vingt deux juin, à Evreux, les hirondelles volaient toujours très haut dans le ciel. Rue de Pannette, elles se souvenaint du cinq, rue Arsène Meunier, elles piaillaient le douze. Entre les deux, elles ne faisaient pas la différence.