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Il y a parti à prendre, partout, sur tout. Il y a avis à donner, opinion à dire, tripes à mettre sur la table. Exprimer sa liberté.

DANSE, LARRONDE

Publié le 4 Décembre 2010 par Vincent Schlegel in Amour

 

La « baie électronique » est un infini gisement de trésors. Je viens d’y faire l’emplette – en  triomphateur contre un adversaire sournois, mais l’affaire est belle – de  la rarissime édition originale de « Rien voilà l’ordre », le deuxième grand recueil des poèmes d’Olivier Larronde. (« Rien voilà l’ordre », c’est l’anagramme de « Olivier Larronde »). Je pistais ce livre depuis si  longtemps.


C’est un in-quarto exceptionnel illustré de trente-et-un dessins hors-texte de Giacometti, dont le poète était un familier et le représentant dans son univers quotidien, ou le laissant deviner tant le trait oublie d’être précis pour être sensible.Larronde-Giaco.jpg

Vous ne connaissez pas Larronde ? Tant pis pour vous. Un Rimbaud sans colère, au sommet de son art à 19 ans avec un recueil serré et magique, « Les barricades mystérieuses » (1946), un titre qui  scintille comme un arpège au clavecin de Couperin, parrainé par des Genet et Cocteau tout baveux d’envie, solaire au milieu des jeux d’ombres du Saint-Germain de l’après-guerre, sa vie bientôt scandée par le chaos de l'épilepsie, l'opium seul capable de soulager le haut-mal, puis l’alcool de bar en bar, de soirs en petits matins. Et la fin dans une dernière crise, au milieu d’un charivari dont il avait seul les clés, enfermé, sa gueunon familière et son ami de toujours seuls le pleurant. 1927-1965. Il est enterré à Samoreau auprès de Mallarmé.

Voici deux petits bouts de Larronde. Vous y trouverez  les quatre éléments, une nature féérique, les sentiments qui s’y croisent comme on se pique avec une ortie, la réaction du cœur, une barbarie simple : il n’y a presque pas trace de civilisation, nous serions des êtres de pure expérience ; juste l’enluminure pour dire qu’un humain, et non une bête, est passé par là. Les cons ont trouvé ça médiéval, pas assez social. Léger, insolent, dans une époque si lourde. Il y avait pourtant au Flore ou chez Lipp assez de place pour Aragon et pour Larronde…

 

larronde good

 

L’éblouissant Gelée blanche de saison (le premier poème des « Barricades mystérieuses »)

 

Neiges de deux hivers ne se reconnaîtraient
Ni vous ne figerez les plis de mon eau froide,
Gel du poème, ou son fouillis ne ferez roide.
 
- Plus que l'épervier les demeures m'effraient,

Quand l'aurore me donne à sa serre féline,
Plus l'indiscret oiseau dont je suis la volière:
Mésange - cœur de fraise - aux tortures encline
Qui me met en morceaux comme on casse les œufs.


Vous vous souvenez de Charles d’Orléans : « Le temps a laissé son manteau/ De vent de froidure et de pluie/ Et s’est vêtu de broderie/ De soleil luisant, clair et beau. » ?

 

Et dans « Rien voilà l’ordre » :

 

Migrateur pris

Mortes couleurs du mauvais temps  

Novembre en plumes de voyage  

 – Autant en portent les autans –  

 Seul des vols reste ce langage  

Pris à la source en la quittant  

Dont le reflet tenait en cage   

Sourire outremer des printemps.


Si vous aimez Larronde, ou quand vous l’aimerez, lisez le très joli petit livre de Modiano, "Dans le café de la jeunesse perdue" (Gallimard) : son spectre le hante.  Et pourquoi pas Patrice de La Tour du Pin qui, en 1946 également, dans « Une somme de poésie » fait vibrer sa spiritualité, quand Larronde  habite en  animiste la même nature éblouie.

 

Ile flottante en perdition sur un tas d’herbe,                                                                             

Je renonce à nommer ton unique habitant                                                                                   

Dans une cérémonie mystérieuse du Verbe,                                                                      

 Et je le laisserai dériver dans le temps.


On est tellement plus haut, et tellement plus profond en même temps, qu'avec les poètes officiels qui portent des noms de collèges de banlieue.

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Alexandre Moatti 02/01/2011 13:28



Belle acquisition ! Je ne connaissais pas ce poète : sur sa photo en N&B, n'a-t-il pas un petit air de famille avec toi ?


Et meilleurs voeux 2011!



Vincent Schlegel 02/01/2011 13:35



Merci Alexandre ! Bonne année à toi et à tous ceux que tu aimes! Non, Larronde et moi n'avons aucun lien de parenté... Quant à une ressemblance, je n'y avais jamais pensé!


A bientôt



Donvega 04/12/2010 18:11



Zy av ton Larronde c'est presque aussi de la balle que Grand Corps Malade ou Abd Al Malik.


Faudrait qu'il parle un peu plus des keufs


Ceux qui viennent niquer nos meufs


De Sarko et ses excités du Taser


Plus dangereux que nos rayons laser



Vincent Schlegel 04/12/2010 18:22



Allons, Don! C'est tout ce que cela vous inspire. Vous êtes incorrigible! Mais vous êtes aussi un poète, à votre façon...