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Il y a parti à prendre, partout, sur tout. Il y a avis à donner, opinion à dire, tripes à mettre sur la table. Exprimer sa liberté.

LES LECTURES HYGIENIQUES

Publié le 26 Octobre 2010 par Vincent Schlegel in Amour

 

 

1.      « La carte et le territoire » de Michel Houellebecq (Flammarion)

Je n’ai pas encore terminé le dernier livre de Houellebecq mais je n’attends pas une seconde pour vous en parler. Quel talent ! Ah la simplicité d’expression, cette épure apparente, ce réalisme travaillé et l’extrême  sophistication de l’intrigue qui pourtant coule avec énormément de fluidité. Houellebecq met à distance tous les raconteurs d’historiettes, tous les stylistes ampoulés, tous les pisseurs de copie. Il met l’époque dans son livre, il met les marques, les vraies gens, le mouvement et l’écume des jours. Il met les dégoûts, les prurits, les déprimes.

michel_houellebecq.jpgMise à distance, mise en abyme aussi : voilà-t-il pas qu’il est un des personnages-clés du roman. Il y évolue tel qu’en lui-même, ou dirais-je plutôt, tel qu’hors de lui-même. Tel qu’il sait que nous le voyons, silhouetté par les médias, fabriqué par sa propre provocation, mais trouvant sa réalité à notre prisme. Vous allez voir comment il réussit à se révéler profond, joueur, empathique, finalement. Un tour de force.

Jed Martin, son héros,  artiste complet,  mi-spectateur de sa propre œuvre, mi-torturé par elle, catalyse les dynamiques et les miasmes de notre époque, écran sur lequel viennent s’imprimer les clichés du temps et légataire d’une universelle  histoire de l’art.

Houellebecq,  entomologiste parfait (il est ingénieur agronome, ne l’oublions pas), capture, observe, relâche ou pique. L’information technique voire scientifique accompagne le flux romanesque : Houellebecq digresse dans la description, la recherche documentaire. Ça ressemble à du Wikipedia, mais ce n’est pas grave. D’ailleurs ça ne fait pas que ressembler à du Wikipedia, c’est parfois  du Wikipedia dans le texte  (voir ici).

Le résultat de cette virtuosité est un livre riche, profond, en prise directe avec notre vie, nos mœurs. Un livre extra-lucide, tellement Houellebecq voit « les choses qui sont cachées derrière des choses », l’extra-ordinaire derrière la banalité. Un livre bizarrement apaisé, aussi, rond, magistral. Et mortel.

 

2.     Rouleau de PQ (Casino)

Je n’ai pas parcouru d’un derrière distrait (comme l’avait fait Henri Jeanson d’un manuscrit qu’on lui avait envoyé) ce papier moelleux et orangeâtre trônant dans un petit coin que j’honore quotidiennement de ma IMG_1404.JPGprésence. Voilà-t-il pas qu’un marketeur philosophe (tâtez moi cet oxymore) l’a parsemé de maximes. Et j’y ai trouvé une des plus profondes vérités qu’il m’ait été donné de lire et que la solennité de l’endroit m’a permis de saisir vraiment : « La douceur est invincible ». Sortez des cabinets, regardez le monde. Invoquez Gandhi, Françoise Hardy ou Talleyrand. C’est beau, et c’est définitivement vrai. C’est le véhément qui vous le dit, pour l’avoir éprouvé…

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Alexandre Moatti 01/04/2011 09:53



A ceux qui ont lu le Houellebecq, lire la parodie "La tarte et le suppositoire" de Michel Ouelebeurre (tout petit ouvrage)



Vincent Schlegel 01/04/2011 10:00



Merci Alexandre.



Emmanuel Pleintel 04/11/2010 09:23



Je rentre d'une retraite créative pinçalingistique suivie de deux superbes jours en mer (Mais ça il ne faut pas le dire, ça énerve ceux qui ont un vrai travail!) et je tombe par hasard sur ce
blog génial... C'est vrai, dîtes-donc, vous avez des amis superbes... Et cet Alexandre, moi, j'aime bien ces commentaires... C'est vrai que ce Pleintel, chanter c'est pas ce qu'il fait de mieux
et il ne cherche pas à s'améliorer (A son âge, ce serait pure folie) mais il a progressé dans ce sens en s'inventant une sorte de déclamation réaliste qu'il mêle à ses racontages de
tarabistouilles... Evidemment, il ne fait cela qu'en province alors les parisiens ils s'en fichent... Mais il espère bien en 2011 conquérir des petites parcelles (des petites, bien évidemment) de
la grande capitale pour que ces amis de là-bas ils puissent aussi l'entendre... Emmanuel Pleintel rappelle à tout hasard la création de sa Pince à linge le 20 novembre à Bernay, province du
Nord-ouest... (Entrée gratuite pour qui prononce le sésame "Paris intra-muros")



Vincent Schlegel 04/11/2010 09:58



Mes amis sont des amis de mes amis



Alexandre Moatti 31/10/2010 10:44



Je reviens d'un voyage chargé d'histoire en Afrique (cf. mon statut Facebook) et m'apprêtais à retrouver la France, son cortège de cortèges et son psychodrame permanent mais... c'était sans
compter sur la lecture matituno-dominicale de ce blog et du commentaire n°3 qui réconcilie avec l'esprit et la langue français (oui l'accord est correct). Il devrait écrire, pas seulement
chanter, Emmanuel Pleintel !



Vincent Schlegel 31/10/2010 22:09



Merci de ton message. Tu sais, Emmanuel Pleintel n'est pas que chanteur (je trouve que ce n'est pas ce qu'il fait de mieux). C'est un musicien, un poète, un cuisinier, un marin, un pédagogue. Et
le meilleur "écriveur " de discours, et le meilleur "diseur" des discours qu'il écrit.


Un artiste complet qui a, en plus, le talent d'être MON AMI.


A +



Emmanuel Pleintel 28/10/2010 08:20



Moi aussi je suis allé dans ma chasse personnelle... J'y ai glané quelques pensées intimes, impair et passe... Mais il n'y avait pas d'orange, juste rouge ou noire... L'un ou l'autre, toujours,
l'un contre l'autre, encore, oxymores malins d'un matin frais... Oxymore … C’est drôle comme ce mot triste est victime d’une mode désuète… Il est déjà lui-même en opposition avec son
sens, sensé dire deux oppositions… En effet, quelle différence entre occis et mort ? Heureusement le grec et son profil aquilin nous renseignent, fin d’un côté, stupide de l’autre… Sorte
d’Astérix et d’Obélix sémantix… L’oxy me gène, dirait celui qui ne manque pas d’air, le more de Kubrick me fascine, dirait celui qui en fume trop… Nous avons aussi l’arabe rouillé, l’oxy maure,
le médecin légiste péremptoire « Oh ! Que si ! Mort ! », le toulousain qui pleure ses traditions « Oc, si mort ! »…  Haut, que si mord, chante le baryton martin, Bas, que la pleure, joue le tromboniste… Mais un baqulapleure, ça n’existe pas… Dommage… Un baqulapleure c’est pas
pire qu’un oxymore… Sur ce, mon général, je vous souhaite une bonne journée… Pour ma part je vais prendre un cachet, j’ai un peu mal à mon occiput… C’est triste comme ce mot drôle est victime
d’une actualité démodée…




Vincent Schlegel 28/10/2010 08:53



J'ai des amis qui ont des références. J'ai mon ami qui est un génie. L'homme qui a écrit ce commentaire s'occupe actuellement de pinces à linge. Allez là



agapanthe 27/10/2010 12:53



Vous avez des lectures cohérentes ! Enfin, je me demande... avez-vous lu les précédents livres de Houellebecq ? on a un peu l'impression que vous êtes néophythe, je me trompe ? C'est vrai que
celui-là tranche, qu'il est plus consensuel, moelleux (cf. plus bas), ou bien le diable se dissimule t il mieux ? n'est ce pas l'un de ses principaux talents, de cacher sa nature
de diavolo, de diviseur ? pour moi, qui lis assez consciencieusement les livres de Houellebecq, j'avoue que je ne m'y fais pas. je vais bien relire votre critique, et bien relire
ensuite ce livre là (quel titre quand même, comme toujours !!!) au prisme de votre jubilation...Quant à vos aphorismes de cabinets,  alors là, j'ai bien ri. savez vous si la marque en a
lancé un autre sur la Résistance par exemple ou bien l'Epaisseur de la pensée kantienne ? quelle chance vous avez d'avoir un Casino dans votre coin... apparemment on y gagne !



Vincent Schlegel 27/10/2010 13:12



Vous revoici, Agapanthe! Oui j'ai lu les autres livres de Houellebecq que j'avais diversement aimés. J'avais toujours trouvé le talent immense, mais été plus gêné par l'envie de provoquer.
J'étais parfois fatigué par le harrassement/harcèlement sexuel de certaines histoires. J'avais été bluffé par "La Possibilté d'une île". Mais comme je n'avais jamais rien écrit sur Houellebecq,
il est naturel que j'évoque dans cette note la dimension scientifico-pseudo-réaliste qui sous-tend l'oeuvre. A bientôt !