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Il y a parti à prendre, partout, sur tout. Il y a avis à donner, opinion à dire, tripes à mettre sur la table. Exprimer sa liberté.

VIVE LOULOU

Publié le 6 Novembre 2012 par Vincent Schlegel

 

 

Louis-Gallois-un-grand-patron-au-rapport article p-copie-1Aux temps engloutis de notre puissance industrielle, outre tous les poncifs dont on nous accable et qui ne recouvrent plus aucune réalité (cartésiens, bagarreurs, ingérables, spirituels), nous étions simplement ce que nous étions : un grand peuple européen d’ingénieurs et de découvreurs qui ne nourrissait pas de stratégies particulières. Un peuple ouvert, assimilateur, civilisé, à qui sa grandeur n’apparaissait pas. C’était naturel, on l’avait héritée. On n’avait encore rien « emprunté à nos enfants ». On naissait quelque part, on s’y réalisait, pourvu qu’on eût la chance de naître où il fallait. C’était avant le principe de précaution, avant le martyre de notre foi en nous-mêmes, avant que disparaisse le merveilleux tandem à haut frottement lutte des classes/ ascenseur social. Ce n’était pas pour autant avant la mondialisation dont nous fûmes acteurs (lisez  « Le Grand Cœur », le formidable livre de Jean-Christophe Ruffin sur Jacques Cœur), mais le monde était petit, et nous, grands. Passées les Trente Glorieuses, dernière convulsion de notre génie industriel, nous avons plongé dans la peur, l’esprit de repentance, le dégoût de soi, la connerie, le chloroformage idéologique. Et voilà où nous en sommes. Hollandais. Piquousés à l’Ayrault.

 

Dans le semi-brouillard qui nous enveloppe, voici donc que surgit ce rapport Gallois (vous, savez, Louis, le grand patron réputé de gauche, qui ressemble tant à cet autre Louis, Valois celui-là, XI, avec son grand nez et ses grandes oreilles) et ses 22 recommandations, 22 coups de pieds au cul. 22 v’la l’efficacité.

 

Ah, flûte, freine Gérard, nous sommes au bord du gouffre. Ah, pinaise, va falloir revenir sur terre.

 

Il va tout simplement falloir que les grandes personnes s’occupent un peu des choses. Il va falloir donner envie à ceux qui créent la richesse (parce qu’au choix, ils ont de l’argent, des idées, des testicules, un peu d’amour du pays ou les quatre à la fois) de regonfler le trésor sur lequel, comme s’il se régénérait par magie, comme s’il était inépuisable (« La France est un pays riche ») nous bâfrons.

 

Quand on n’a plus rien à partager, comment qu’on bouffe, mon Gégé? Wesh, d’où qu’elle vient la tune, Kevin ? Une fois que les riches seront barrés à Ixelles, qui c’est qui va investir dans nos friches industrielles ? Ah, mais mon pote, c’est ça l’idée…

 

usine jourDes belles friches pour fabriquer des lieux de culture et de mémoire. Que la nature reprenne ses droits.Imaginez qu’on ait laissé EuhEuhElleVé décider d’exploiter ou non le charbon et le minerai de fer, d’implanter ou non des usines en Lorraine, dans le Nord, dans les Cévennes. Ces belles forêts profondes, ces plats pays languissants, ces vallées dont la rivière douce  anime en glougloutant une forge moussue, une tannerie, on les aurait toujours.

 

Vu que les usines sont maintenant fermées, à quoi que ça a servi ces deux siècles et demi de mocheté et de dégradation de l’environnement ? Pas, Maurice ?

 

Non, je suis injuste.  

Nos gouvernants rêvent de réindustrialiser, de remettre du bleu sur les cols. Le peuple, finalement, c’est bien. Olivier Ferrand, parti en Terra Nova, la vraie, l’incognita, n’est plus là pour les en dissuader. Les ateliers vrombissants, ces écosystèmes sympathiques où vivent des travailleurs décoratifs, c’est cool. Mais bien sûr qu’ils l’aiment leur usine. Regardez comme ils sont furieux quand on la ferme, comme ils pleurent sur leurs 40 années de travail à la chaîne… Salauds de pauvres.

 

Les usines ? Au début, leurs patrons les aimaient tellement qu’ils avaient leur maison à côté. La fumée ne les gênait pas. Louis Renault a construit la sienne au bout de la propriété familiale. Ils étaient d’ici, ces cons-là. C’étaient des riches, mais ils étaient quand même un peu gentils. Les grands parents des méchants Peugeot d’aujourd’hui, ces rapaces, ces rapiats, ces fossoyeurs.

 

Ils auraient même exploité le gaz de schiste sur leurs terres, ces irresponsables. A propos de gaz de schiste, dont la France recèle la moitié des réserves de l’Europe occidentale, le rapport Gallois propose qu’on regarde quand même un peu s’il n’y aurait pas un moyen de s’y réintéresser, en dépassant la terreur glaçante que  cela inspire désormais.  

 

Ah, zut, on en a trouvé dans le Perche ? Chez Prout Prout de la pub… Dans le Lubéron, chez Coco de la mode. A l’Ile d’Yeu chez Vincent du blog. Ah bah nan…

 

Bon, sérieusement, je n’ai pas l’impression que tout ça soit insurmontable.  Il faut juste, comme je le disais dans mon précédent post, changer le changement.  D’ailleurs ça commence : je viens d’apprendre que le taux normal de la TVA (« L’impôt pour tous » comme il y a « Le mariage pour tous ») va être augmenté. Un début.

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AlexM 06/11/2012 19:17


Sans remonter jusqu'à Jacques Coeur (le livre de Ruffin est bon, je ne dirais pas "très bon"), n'oublions pas Saint-Simon et la France d'ingénieurs qu'il a induite, et qui a été une réalité
jusque dans les années 1990.


Voir mon article sur Georges Besse dans Les Echos (j'y
parle, aussi, d'ascenseur social et de France industrielle).


Sur ascenseur social vs.lutte des classes, belle friction en effet, à rapprocher de la friction Saint-Simon (grosso modo: "développement industriel")/Fourier (grosso
modo: "lutte des classes"), nés de la même matrice, voir mon article Annales des Mines 2010.