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Il y a parti à prendre, partout, sur tout. Il y a avis à donner, opinion à dire, tripes à mettre sur la table. Exprimer sa liberté.

CA M’ENERVE.

Publié le 28 Juin 2009 par Vincent Schlegel in Rage

 

 

Idées perdues

C’est quoi ? De la paresse, du dilettantisme de ma part ? L'incapacité à détecter le potentiel d'une idée ?

Je vous explique. Il y a quelques semaines, à une de ces réunions Schlegel  brillantes et foutrac où l’on joue, chante, boit  et rit beaucoup, j’avais à peu près proposé l’interrogation suivante : « Les campagnes de communication de la Sécurité Routière annoncent rituellement que X milliers de vies ont été sauvées grâce au comportement de plus en plus vertueux des Français. Très bien. Mais qui sont ces gens qui ont eu la vie sauve parce qu’on a roulé moins vite, moins saoul, et qu’on s’est arrêté aux feux rouges ? Qui sont-ils vraiment ? Parce qu’ils existent ! 12 000 personnes, ça vous fait déjà une petite foule. Eh bien moi, je décide que j’en fais partie. Je suis un miraculé. Ma vie est changée ». Marrant, non ? Et qu’est ce que je vois, dans la presse, ces jours-ci ? Ceci !

C’est énervant, mais d’un autre côté, c’est assez flatteur : l'agence Lowe-Strateus fait depuis de nombreuses années un super travail sur la Sécurité Routière. Sa campagne avec Karl Lagerfeld portant le moche  gilet fluo est un modèle d’efficacité et de drôlerie.

 

Cette histoire m’a fait me souvenir d’un autre cas cruel d’idée perdue. De ces idées sans exécution que Saint-Simon disait être des songes. Il y a 15 ou 16 ans, j’avais commencé à écrire un drôle de livre qui débutait par cet épisode. Je me ballade avec mes enfants en voiture. Paris, Sèvres, Meudon. Une rue en pente, un « Papa, j’ai envie de vomir », un arrêt forcé dans une petite allée qui remonte, une grille sur la droite, une vieille maison bourgeoise derrière une langue de gazon chiche, un flash, « Mais c’est la maison de Céline ! », une vieille dame, cheveux en chignon serré qui taille un arbuste informe, « Oh mais il n’est pas bien, votre petit ! Mon mari, qui était médecin, avait inventé un fameux remède contre le mal des transports », un clin d’œil en moi-même Hi hi !, « Il a eu beaucoup de problèmes, après la guerre », tu m’étonnes, « Il avait beaucoup écrit, ça lui a valu des ennuis », tu parles, « Il a dû partir en Amérique du Sud », Alzheimer, Lucette, « Le Docteur Desormeaux,  Jacques Desormeaux , vous avez dû en entendre parler ! »… C’est quoi cette histoire ? Je repars mon gamin plus léger, moi, troublé. Je rentre chez moi. Je me précipite sur  ma bibliothèque, je cherche la biographie de Céline par Vitoux. Vérifier où était la maison. Dans ma bibliothèque, pas un livre de Céline, par un essai, rien. Tout a disparu. Pas de trace d’effraction, pas de désordre. C’est quoi cette blague? Je prends le Petit Larousse. Pas de Céline. Céline n’existe pas, n’a jamais existé. Moi seul connais son œuvre qui n’existe pas. Je peux raconter ses romans, sa vie. Je suis le seul dépositaire de cette épopée, ce  tumulte, ce torrent, cette haine, qui n’existent pas. Ca envoie, ça, non, comme début de livre ?

Eh bien quelques années plus tard, un film avec Fabrice Lucchini (tiens, Lucchini !) intitulé « Jean-Philippe » racontait l’histoire d’un gars qui se réveille un jour dans un monde où Jean-Philippe Smet n’est jamais devenu Johnny Hallyday, mais patron d’un bowling. La même idée, quoi… Maintenant, mon livre, je peux le « parcourir d’un derrière distrait », comme aurait dit Jeanson.

 

Les diesels

Je déteste les voitures diesel, finalement. J’en ai une. J’en ai assez. Aujourd'hui, toutes les voitures sont des diesels. Je rêve parfois des bonnes vieilles odeurs d’essence mal brûlée dégagées par les pots d'échappement des voitures d’avant, avec des carburateurs, qui faisaient un joli bruit. Pas tac-tac-tac. Un temps pas encore pollué par la pensée unique.

 

Le principe de précaution journalistique

Lu dans le Figaro une drôle de phrase à propos des élections en Iran. A peu près ça : « Les fraudes qui auraient entaché le scrutin causent de graves soucis à la communauté internationale ».  Le conditionnel met en doute l’existence des fraudes. Or dans le reste de la phrase, ces fraudes causent effectivement de graves soucis. Donc elles existent. Donc tout ça est idiot. Mais ce barbarisme ne fait que traduire  l’obligation des journalistes de tout prendre avec des pincettes au nom d’une déontologie incapacitante.

 

 

 

 

Commenter cet article

Frederic Cohen 29/06/2009 09:53

Le seul problème avec la nouvelle campagne de la sécurité routière, c'est que, si l'on essaie de lire le texte (très long) lorsqu'on passe en voiture devant une affiche, on risque l'accident...Un paradoxe intéressant.

Vincent Schlegel 29/06/2009 10:05



Tu as raison. J'ai vérifié : la campagne est prévue en presse (donc si tu lis ton journal au volant, tu es déjà dangereux) et en affichage de centre ville (22 000 panneaux dans 390
agglomérations) . Mais c'est du petit panneau de 2 m². Celui que lisent les piétons. Ah bien sûr il y a les cyclistes. C'est vrai, c'est dansgereux aussi, un cycliste qui lit une affiche...