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Il y a parti à prendre, partout, sur tout. Il y a avis à donner, opinion à dire, tripes à mettre sur la table. Exprimer sa liberté.

LE DÉSORDRE

Publié le 14 Novembre 2013 par Vincent Schlegel in Rage

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Jusqu’à ces derniers jours, s’était développée en France une situation finalement normale dans notre histoire. Les Français avaient beau être le peuple le plus cartésien du monde, le plus raisonnable au fond, ils étaient aussi réputés querelleurs, rebelles, égoïstes.

On fonctionnait sur l’idée d’une avancée de la société par à-coups et colères immédiatement métabolisés par le logiciel national et rapidement transformées en progrès. Avec la chute vertigineuse de la tête de l’exécutif dans les sondages (85 % d’opinions défavorables pour – donc contre – le  Président et son Premier ministre), avec l’explosion de tous les mécontentements, on a peut-être dépassé cette notion.

 

La République, laïque, gratuite, obligatoire ne suffit plus à réguler les flux, les humeurs, les prurits. Elle n’est plus le concept indépassable qui permettait à la fois de clouer le bec aux factieux (« La République est en danger ») et à tous les amoureux de la liberté de s’exprimer (« On est en république, non ? »). Comme disait mon grand père, le système ne tient plus que par les plis de son pantalon, l’édifice ne tient plus que par la peinture.

 

La gauche française qui, à l’intérêt vraiment général (celui d’une nation indivisible, indiscutable, inattaquable, agglutinante, ouverte à tous, généreuse, dispensatrice d’un destin commun), a toujours préféré, au nom de l’égalité, la défense des intérêts de morceaux de la société (le prolétariat jusqu’en 1980, puis les minorités, les communautés, aujourd’hui les lobbys), récolte ce qu’elle ne pouvait que récolter : la division, l’éparpillement, l’illisibilité. Les autres gauches européennes ont fait leur aggiornamento.

 

Au frottement salutaire de la lutte des classes que j’ai souvent évoquée ici, qui n’avait pour but, au fond, que de faire passer les uns dans la classe du dessus, et de conforter les autres dans la leur, sous l’égide d’une République bonhomme, se sont substitués un combat sans chef, une course folle, dans une société désormais administrée par des ligues tyranniques, des jusqu’au-boutistes élevés hors sol (c’est à dire hors raison, hors économie, hors culture), et par la dictature de la dérision, de la repentance et de la détestation de soi.

 

Le désordre, c’est la diversité des oppositions, entre elles-mêmes opposées, qui ne s'allient que dans les sondages et dans quelques têtes trop près de leur bonnet rouge. Car le pays est abandonné à une mosaïque d’intérêts, de dynamiques, d’envies, de jalousies, de théories. Et à nos maux endémiques s’ajoutent ceux que nous avons importés, qui complètent le tableau et font de tout pari sur l’avenir une conjecture : nous n’avons pas les outils de pilotage.

 

Le désordre. J’utilise le mot comme Lionel Duroy utilise « Le chagrin » pour nommer son terrible livre : l’expression d’un constat, d’un regret, d’une fatalité, d’une nostalgie. Je dis ces deux mots comme Daladier a dit, arrivant de Munich et voyant la foule massée l’acclamer : « Ah, les cons ! ».

 

Quand la boussole du citoyen n’a plus de nord, on a besoin de quoi ? D’un cataclysme qui transcende toutes les différences ? Merci bien. D’un homme providentiel, proprement a-normal ? Il n’arrive généralement qu’après un cataclysme et rarement dans des conditions démocratiques. Reste la victoire de la France au Mondial 2014.  Je ne vois que ça.

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Emmanuel Pleintel 15/11/2013 23:09


Bon bah... Désolé... Ils n'ont pas eu besoin de faire grève, en effet...Mais il semblerait que la Transat Jacques Vabre soit gagnable par des français!


 

Vincent Schlegel 15/11/2013 23:14



Oui. Parce que pour le foot, on est mal parti..



Emmanuel Pleintel 15/11/2013 08:07


Super ton texte, très vrai... Mais les fout'boleurs, avec la notion qu'ils ont de la France, il y a de grandes chances qu'ils nous fassent croire qu'ils font la grève pour cette compétition...
Alors la victoire, c'est pas gagné...

Vincent Schlegel 15/11/2013 10:41



Ils ne feront pas grève. Ce sont leurs patrons qui vont payer la taxe, pas eux ... Et de toutes façons, 90% des joueurs de l'équipe de France jouent à l'étranger où nos turpitudes fiscales font
rigoler tout le monde. Ils seront , ce soir, prêts "à tout donner", "à rien lâcher" pour la patrie en danger. Le match France-Hollande, c'est autre chose...